Dominique Pagani

Ateliers de philosophie

Spirale d'Archimède

Les chants de l'histoire

« Sketch » de John Lewis

Attention… ça fait d’autant plus mal que ça se veut – John Lewis oblige – « policé  » : Brahms et Monk semblent s’y disputer un noyau de 3 notes (do-si-La), d’une hyperdensité.( Notez les 3 premières notes du solo de John!)! – quasi astrophysique. Le classicisme du pianiste, plus austère qu’un opus 6 de Webern, féconde l’exubérance baroque du vibes (Bag’s, alias Milt Jackson, l’inégalé), jusqu’à l’incandescence).

Big-band
de Jean-Loup Longnon

Plus une musique est asservie, à l’extrême pauvreté et monotonie rythmique, mélodique, harmonique et instrumentale (!) massivement diffusée, depuis les fifties (soit, depuis les débuts de la mondialisation atlantiste, parmi les ghettos sonorisés imposés par la culture « people », afin de rendre à jamais inaudibles aux jeunes, leur plus riche héritage, ce fabuleux patrimoine des musiques du monde, de ses expressions les plus populaires aux plus savantes), plus ses thuriféraires feront croire qu’elle est “transgressive”, “marginale”, “contestataire”, etc.

Le Big-Band de Jean-loup Longnon est un de ces attentats salubres qui font exploser la chape de plomb coulée dans les oreilles ainsi réduites au minimum musical, ouvrant ainsi l’(une des) voies, des voix, de leur libération…

Cherokee

J.J. Marzocchi avait posté ce commentaire :

« Voilà (enfin!) du jazz “heureux” comme on l’écoutait après la révolution be-bop et avant l’explosion (implosion?) Ornette de Change of century.
Ne demandons pas au jazz de faire naître un génie par jour mais plutôt de nous procurer des petits moments délicieux que l’on sait avec qui partager. n’est-ce-pas Domi… Tu suis mon regard? »

Réponse de Dominique Pagani :

La musique exprime plus concrètement, soit, plus totalement, qu’aucun autre langage, l’intimité du temps le plus inconsciemment collectif : tu as raison de parler d’un “jazz heureux” : La Libération était encore récente, et la chape de plomb de la métrique peoplement mondialisée, n’avait pas encore ghettoïsé les générations.

La vieille misère était omniprésente, mais le plein emploi n’ayant pas encore versé dans le chômage de masse, on n’en revenait pas d’accéder à ce bonheur inimitable qu’on ne goûte qu’aux « sorties du tunnel ».
Mais laissons la nostalgie aux “consciences malheureuses” : dans la jeunesse du “Bel Aujourd’hui”, aux lieux apparement les plus déshérités, au fond d’une banlieue de Barcelone, par exemple, les plus jeunes générations retrouvent cette socialisation de l’expression musicale, en s’emparant du droit au bonheur.

Au connaisseur que tu es, j’adresse 2 morceaux au feeling bien contrasté: 1 bossa que tu connais bien, baignant dans la souple et souriante mélancolie lusitaine, et un Cherokee de folie, digne des sessions à jamais anonyme du Minton’s !